Paroisse en marche

Culte de Reprise du 7 juin 2020

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Prédication

 

Je suis dans la joie quand on me dit « Allons dans la maison du Seigneur ! ». J’aimerais exprimer ma reconnaissance au Dieu de la Trinité au nom de qui nous avons encore la possibilité de méditer les textes ensemble, même masqués.

La bénédiction sacerdotale remonte autour du VIe siècle avant Jésus Christ puisque des traces de cette bénédiction enfermée dans des amulettes ont été découvertes lors de fouilles archéologiques dans la vieille ville de Jérusalem. Ces amulettes sont les précurseurs des Tefilims.

Dieu bénit son peuple. Il passe par un groupe d’hommes consacré à ce service, Aaron et ses fils qui représentent la classe sacerdotale, les prêtres. C’est à eux que revient la tâche de prononcer le nom de l’Eternel sur chaque enfant d’Israël. Le peuple reçoit cette bénédiction de l’Eternel qui le met en route. De plus Israël ne doit jamais oublier sa marche dans le désert à travers toutes ses péripéties. Il ne doit pas non plus oublier que l’Eternel a fait alliance avec lui et que son sort est intimement lié à Celui qui le fait devenir un peule en gestation, duquel adviendra une nation. Dès lors, il doit se souvenir de son alliance et se consacrer comme le Nazir (lire Nombres 6) à Dieu.

Mais avec la nouvelle alliance, l’exclusivité de bénir le peuple qui avait été donnée aux prêtres est levée. Tous sont prêtres par le baptême. (1 Pierre 2, 9).

Martin Luther parlera du sacerdoce universel. Il montre que le cordonnier qui fait ses chaussures ou la mère de famille qui lange son enfant en pensant à Dieu ont, d’un point de vue religieux, la même dignité et la même importance que le moine qui passe ses journées dans la prière. De même le soignant, l’agriculteur, le chercheur, le commerçant, l’artisan ou l’enseignant sont prêtres du fait de leur baptême. Ensemble, nous formons une communauté de croyants dans laquelle chacun des membres a une place unique devant le grand prêtre, à savoir Jésus-Christ, lui qui a accompli le sacrifice suprême sur la croix. Il nous revient maintenant d’être témoin de l’Evangile et être au service du prochain.

Aujourd’hui plus que jamais, croyants et non-croyants se mobilisent pour rendre vivable cette situation de crise sanitaire que l’humanité traverse. Une situation déstabilisante même si tout porte à croire que nous allons vers des jours meilleurs.

Quand je regarde autour de moi, je remarque comment nous sommes plus prompts à porter attention les uns aux autres, entre voisins. Croyants et non-croyants font de très belles choses. C’est heureusement assez naturel de se sentir concerné par un voisin isolé ou âgé, c’est une simple question d’humanité. La foi aide, mais elle n’est pas indispensable pour cela. Des initiatives nouvelles nous ont permis de nous rapprocher tout en gardant les distances, de nouveaux talents se sont révélés.

Toutefois, il y a une chose que seul le croyant peut apporter, c’est la bénédiction de Dieu. Une parole performative : un discours qui fait advenir ce qu’il annonce. Aujourd’hui dans notre société très rationnelle, nous pouvons avoir du mal à imaginer le poids d’une telle parole dans une société traditionnelle.

C’est vraiment là une responsabilité particulière que nous avons, car personne d’autre n’apportera la bénédiction de Dieu à nos concitoyens à notre place.

En réalité, la dimension spirituelle de la personne humaine n’est pas à négliger, elle est une composante essentielle. Pour nous, un être humain n’est pas seulement un être qui a besoin de nourriture, d’un abri et d’un lien social. Pour le chrétien, toute personne est digne d’avoir une relation à Dieu, une vie spirituelle.

La bénédiction que le texte de ce jour nous propose de dire est une annonce de liberté, elle offre une ouverture à la personne qui l’entend. Libre à lui d’avoir une relation ou non avec Dieu. Comme vous pouvez le remarquer, cette bénédiction ne fonctionne pas sur le mode du chantage. Et ce qui est formidable ici, c’est qu’elle est sans conditions particulières d’appartenance théologique, de foi ou de moralité. Elle est donnée, la personne est libre d’en faire ce qu’elle veut. C’est une pure grâce.

En revanche, Dieu a besoin de vous et moi pour porter cette bénédiction aux autres. Car Il les aime aussi. Il veut nous envoyer leur apporter cette bonne nouvelle. L’Eternel nous aime, il veut notre bien-être et veut que nous soyons source de bénédiction les uns pour les autres.

C’est ainsi qu’ils mettront mon nom sur les enfants d’Israël, et je les bénirai.

« L’Éternel les bénira tous les deux : celui qui bénit son frère comme celui qui reçoit la bénédiction. En effet, qu’y a-t-il de plus grand que de recevoir la richesse de la bénédiction de Dieu ? Une seule chose est plus belle : c’est d’avoir la joie d’offrir à quelqu’un cette bénédiction. »

Ce texte nous invite à prendre conscience qu’une ou des personnes nous sont confiées pour qu’on les bénisse de la part de Dieu. Elles nous sont confiées pour dire la bénédiction de Dieu, pour témoigner de la vie que Dieu nous donne, pour lever la peur de celui qui craint encore Dieu, pour inviter celui qui ne le cherche pas, ou plus.

« Que l’Éternel te bénisse, et qu’il te garde ! »

Cette parole est adressée au peuple tout en mettant l’accent sur la singularité de chacun. Ce qui suppose que chacun d’entre nous a sa place devant l’Eternel. Aujourd’hui nous recevons cette bénédiction. Mais pour la démultiplier, nous pouvons l’apporter à d’autres, peut-être en n’utilisant pas forcement cette même formule : L’essentiel est que nous les assurions de la présence de Dieu à leurs côtés :

« Que l’Éternel te bénisse, et qu’il te garde !

Que l’Éternel fasse rayonner sur toi son regard,
et t’accorde sa grâce !

Que l’Éternel porte sur toi son regard,
et te donne la paix ! »

Dans ce temps de crise, nous pouvons recevoir cette bénédiction comme un bol d’air, une bouée d’air pour nous même ou pour telle ou telle personne vers laquelle Il nous envoie.

« Ils apposeront ainsi mon nom sur les fils d’Israël, et je les bénirai. »

Ce qui sous-entend que le vrai auteur de la bénédiction c’est Yahvé, l’Eternel. C’est lui qui nous bénit chaque jour. Amen