La mise au tombeau, étonnante torsion de l’histoire. (Marc 15, 42-47)
Avouons que nous avons la part belle. Notre foi commence par la fin de l’histoire : Pâques. Ce savoir apparent nous dispense de la souffrance et de l’angoisse inhérentes à l’ignorance de l’avenir et à la prise de conscience de notre propre mort. Un peu comme si tout avait été écrit.
Et si finalement rien n’était écrit d’avance ? Si Dieu n’avait pas de « plan » pour l’humanité comme nous le croyons trop souvent ? Si l’histoire était faite d’une succession d’événements auxquels seule la foi pouvait donner un sens ?
C’est pourquoi, il était une fois un homme du nom de Joseph d’Arimathie qui ne connaissait pas la fin de l’histoire ; lui qui apparait quand tout semble terminé, quand encore juste la mort a le dernier mot. Lui qui ne savait rien et sans lequel la résurrection n’aurait peut-être pas été possible.
Lui qui avait presque tout prévu, jusqu’à sa propre sépulture, le voilà offrant le lieu de sa mort au corps de Celui qui allait porter la Vie.
Et pourtant il ne savait rien …
Bien entendu, il fallait ensevelir les morts, c’était la loi, et avant le coucher du soleil. Et c’était beaucoup. Il y avait chez lui ce respect et cette dignité qui font que face à la mort il peut y avoir encore des traces d’humanité.
Joseph ne savait rien du lendemain, du dimanche matin.
Par une foi à la limite de l’absurde, animé par la volonté d’accomplir le désir, son désir, voilà qu’il devient celui qui rend Pâques possible dans un geste insensé.
Parce qu’il a aimé la vie, parce qu’il s’est battu pour la vie, il peut maintenant accueillir la mort.
Joseph se met face à l’oubli que souvent la mort impose, refusant qu’elle puisse museler la mémoire.
Quand tout paraît impossible et que le tragique l’emporte sur la vie, un dernier geste reste possible, celui de la foi malgré tout, celui d’une foi absurde, la foi en la vie malgré tout, foi en l’Homme, foi en l’Humanité.
Et c’est sûrement là, dans ce qui est si absurde et tellement incompréhensible, impossible même, que la vie peut germer à nouveau.
Ce fut du moins la promesse contenue dans le geste de Joseph d’Arimathie.
Claude Horviller
La mise au tombeau, étonnante torsion de l’histoire.
La foi malgré tout !