Paroisse en marche

Culte du 14 juin 2020

DSC09044 mo

Prédication

Mot d’ordre pour cette semaine : Appelés à l’amour

Actes 4, 32-37 – Le partage des biens

32 La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme, (Τοῦ δὲ πλήθους τῶν πιστευσάντων ἦν ἡ καρδία καὶ ἡ ψυχὴ μία)

et nul ne considérait comme sa propriété l’un quelconque de ses biens ; au contraire, ils mettaient tout en commun. 33 Une grande puissance marquait le témoignage rendu par les apôtres à la résurrection du Seigneur Jésus, et une grande grâce était à l’œuvre chez eux tous. 34 Nul parmi eux n’était indigent : en effet, ceux qui se trouvaient possesseurs de terrains ou de maisons les vendaient, apportaient le prix des biens qu’ils avaient cédés 35 et le déposaient aux pieds des apôtres. Chacun en recevait une part selon sesbesoins. 36 Ainsi Joseph, surnommé Barnabas par les apôtres — ce qui signifie l’homme du réconfort — possédait un champ. C’était un lévite, originaire de Chypre. 37 Il vendit son champ, en apporta le montant et le déposa aux pieds des apôtres.

Ma sœur, mon frère, j’ai beaucoup de chance d’avoir eu en partage pour aujourd’hui cette méditation sur l’amour en Christ ! Le psaume de ce jour nous parle déjà de confiance dans l’amour de Dieu : Ps 34 v7 : « Un malheureux a appelé : le Seigneur a entendu et l’a sauvé de toutes ses détresses. »

Nous avons vécu de longues semaines d’éloignement, et nos pensées fraternelles vont vers ceux qui ne peuvent pas encore nous rejoindre, mais le Seigneur nous a entendus : nous sommes de nouveau réunis en église ! L’église, le seul endroit où, si l’on est dans la détresse, on peut vraiment se laisser aller à pleurer car c’est la maison de notre Père : nous sommes « à la maison » pour nous retrouver dans l’ἀγάπη, l’amour fraternel, divin et inconditionnel. Mais dans ce temps de reprise, c’est la joie qui nous porte ! En effet si nous avons dû traverser un long temps d’isolement, cela a porté ses fruits puisque l’épidémie est (pour l’instant) contenue.

Ce retour nous cause une grande émotion intérieure, qui vient se heurter aux contraintes sanitaires que nous devrons peut-être intégrer pour longtemps même si elles sont allégées, ce qui nous oblige à la plus grande retenue ; cependant la joie de nous retrouver transparaît même derrière le masque !

Nous avons pu ressentir cette plénitude, avec le premier culte dimanche dernier : après ces trois mois, nous avons pu de nouveau partager l’essentiel : la prière, ce qui nous cause une joie parfaite !

J’ai reçu ce texte des Actes comme « au vif du sujet » sur la reprise qu’il nous revient de mettre en œuvre.

Mais que nous dit ce motif : vendre ses biens et déposer l’argent (si l’on y réfléchit, on peut se demander ce qu’ils feront lorsque chacun aura vendu tout son bien et que l’argent aura été dépensé !). Le message est donc ailleurs, cette métaphore de la vente des biens met en image les mots cruciaux placés au début de notre texte : un seul cœur et une seule âme. Ce qui naturellement ne souffre aucune tromperie. En témoigne le contrepoint de cette belle unanimité dans la suite du texte, avec l’histoire d’Ananias et Saphira. Ce qui leur est reproché, ce n’est pas de ne pas avoir tout donné, mais d’avoir voulu faire croire qu’ils donnaient tout. Si l’on ne vit pas de cœur, on meurt ! De cœur tout au moins.

Nous sommes invités au partage fraternel. Aujourd’hui le courage c’est de s’atteler à la tâche de préserver et surtout faire vivre et fructifier ce qui nous est confié. Souvenons-nous de la parabole des talents. A nous de faire vivre les biens de la communauté « en bons gestionnaires » dans un esprit large de partage !

Ce sont aujourd’hui quatre lieux d’Eglise, quatre lieux de prière, de témoignage et de service que nous avons en charge :

* Saint-Matthieu, cœur de ville, lieu de prière et présence dans la « société civile » lieu de culture qui participe à notre témoignage. C’est ici que prend sens notre action « Marhez vers Noël ! », dont l’essence est de rappeler, proclamer le vrai sens de Noël, c’est ici qu’agit l’association « St Matthieu église ouverte » pour ouvrir ce lieu sur la vie de la cité.

* Saint-Jean, lieu de prière où nous accueillons aussi deux communautés chrétiennes évangéliques, lieu de travail diaconal dans un quartier qui a de grands besoins, il nous revient de poursuivre et amplifier notre témoignage par des actions solidaires, de lutter contre la pauvreté et pour l’insertion par le partage du savoir.

* Partager et faire fructifier l’espace aussi … avec Saint-Marc, lieu de prière et écrin de nature qui est le champ de bien des possibles !

* Le Centre Théodore Monod enfin, avec l’association Campus, outil de travail tourné vers la jeunesse et l’éducation populaire, qui porte la présence et l’action de notre communauté au sein de la ville de Colmar.

Les quatre domaines sont imbriqués, les quatre lieux doivent être pensés en synergie, chaque lieu dans sa spécificité.

Nous avons à poser des décisions et des actions qui diront notre détermination sur les sujets environnementaux, rendus si cruciaux avec la crise que traverse le monde, avec l’engagement dans le programme « Eglise verte », et aussi sur le partage à travers l’action diaconale, comme manifestation de l’amour en Christ.

Nous comprenons que le partage ne consiste pas aujourd’hui à tout vendre, mais à gérer intelligemment, même si cela passe parfois par des décisions douloureuses, le patrimoine dont nous avons la responsabilité et non la possession, à travailler d’un seul cœur et d’une seule âme pour rendre témoignage de notre foi par le rayonnement de ces lieux.

C’est important pour tous les frères et sœurs en humanité que nous pouvons aider dans leur parcours, mais ça l’est tout autant pour la vitalité de notre communauté en interne : le service, dans le cadre d’une action pensée et cohérente, motive, mobilise, soude et insuffle de la vie à la communauté.

« Ora et labora : prie et travaille », le témoignage de Jacqueline nous rappelle le travail qui nous attend !

« Une seule âme » : ce que nous venons de vivre pendant le confinement, ce qui nous a fait « tenir » travailler d’un même cœur, c’est bien la communauté d’âme qui nous a animés. Nous avons investi des moyens nouveaux pour maintenir le culte, échanger des nourritures spirituelles, nourrir nos liens. L’énergie mise en commun a décuplé les forces de chacun, les idées des uns venant enrichir et faire croître celles des autres …

Nous avons vu l’implication de tous les paroissiens qui ont eu à cœur de se soutenir mutuellement par téléphone : nous sommes tous prêtres ! C’est ce que nous a rappelé la prédication du pasteur Agbenokoudji dimanche dernier : tous prêtres par le baptême, messagers, transmetteurs de la bénédiction de Dieu. C’est bien tout cela qui a préservé l’unité de notre communauté, qui a gardé son cœur et son âme !

Aujourd’hui ce n’est pas devant une page blanche que nous nous trouvons, mais puisque nous parlons de page … Vous êtes tous invités à déposer vos témoignages et ressentis pendant le confinement. C’est encore une façon de partager, de prendre conscience d’autres réalités vécues, tant ces réalités sont différentes et parfois contrastées ; ce peut être aussi l’occasion d’éprouver le soulagement de savoir que d’autres ont ressenti et vécu les mêmes questionnements, les mêmes besoins, des hauts et des bas semblables durant ce temps si inattendu. Nous ne pouvons nier, nous avons à prendre en compte nos émotions, nos troubles personnels durant la période que nous venons de traverser, pour les dépasser vers ce que nous avons maintenant à reconstruire, personnellement et en tant que paroisse. Ce sera l’objet de notre « Livre blanc du confinement » auquel plusieurs membres de la paroisse ont déjà contribué. Pour celui qui témoigne comme pour celui qui reçoit le message dans la méditation et la prière, c’est bien un geste de l’amour fraternel.

Cette unité de cœur et d’âme repose sur la confiance mutuelle : sur le fait que chacun ait à cœur qu’aucun geste (ou absence de geste) n’entame le climat de confiance qui anime la communauté. La dynamique commune augmente les forces de chacun, chacun abonde le bien commun en apportant ses dons et charismes personnels.

Nous l’avons ressenti au niveau de la société entière pendant le confinement : il n’y a pas de petits rôles, et ceux qui travaillent dans l’ombre se sont révélés être des rouages indispensables du système, en particulier dans le domaine du service et de l’aide à la personne. Chacun peut trouver sa place et, si possible, « faire la paix avec lui-même » … et être ainsi en paix avec les autres.

Ainsi devons-nous vivre, en tant que personne et en tant que communauté, en cherchant toujours à renouveler un comportement fondé sur celui du Christ, lui qui précisément était de cœur, d’âme et de corps avec Dieu, tout entier en lui, qui n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. Qui, n’étant pas divisé en lui-même, était en relation vraie et libre avec tous.