Portes Ouvertes / ASMEO

Protestants au siècle des lumières

6_encyclopédie

Patrimoine de livres anciens

PROTESTANTS AU SIECLE DES LUMIERES

 

A l’occasion de la réouverture de la bibliothèque des Dominicains de Colmar, ne manquez pas d’aller admirer les collections nouvellement mises en valeur, et en particulier le riche fonds de livres anciens de notre Consistoire. C’est cette fois au XVIIIe siècle que nous entraine Jacques Schneider, qui au fil des mois nous fait découvrir ce trésor.

La bibliothèque du Consistoire Protestant de Colmar possède l’intégralité du fonds de la Société Littéraire de Colmar fondée par T. C. Pfeffel. Il s’agit de 560 ouvrages, reflets fidèles des publications les plus emblématiques de l’esprit des Lumières.

Qui était Théophile Conrad Pfeffel (1736-1809)

Homme de lettres protestant réputé à son époque, T.C. Pfeffel était en outre un pédagogue averti. Il a créé à Colmar l’Académie Militaire, une école fréquentée par des élèves de toute l’Europe. Membre et correspondant de plusieurs sociétés d’intellectuels à travers le continent, il a fondé en 1760 la Colmarer Lesegesellschaft, ou Société Littéraire de Colmar (S.L.C.), qui a été active jusqu’en 1820.

La Société Littéraire

Sous l’influence conjuguée des Lumières, de l’Aufklärung allemande et de la philosophie libérale anglaise, se sont créés des cercles où l’élite intellectuelle des villes se réunissait pour échanger des idées, ce qui a conduit à la création de bibliothèques privées et communautaires. Les protestants d’Alsace, interdits (entre autres) d’accès à la fonction publique par la monarchie, appréciaient cette ouverture.

La S.L.C. fut fondée par Pfeffel et 12 « immortels », essentiellement des pasteurs. Elle comptera jusqu’à 44 membres, et s’ouvrira au public dès 1768.

Grâce aux comptes rendus déposés aux archives départementales, on connaît les thèmes débattus. Ils furent tout d’abord essentiellement théologiques. Après 1795, la SLC élargit son recrutement à la société civile, et acquit des ouvrages dans de nombreux domaines scientifiques et politiques. De nouveaux membres tels F.C. Lersé et J.U. Metzger ouvriront la Société à la littérature, l’art, l’agronomie, et le domaine social.

Richesse des thématique

– Tolérance, lutte contre les superstitions religieuses et l’absolutisme de l’église catholique (Voltaire, Bayle, Locke, …).

– Critique de l’absolutisme monarchique, promotion de la séparation des pouvoirs et de l’égalité entre les citoyens : Beccaria, Emer de Vatel, Montesquieu.

– Croyance au progrès appuyée sur les travaux de la science et de la pensée critique avec les encyclopédistes.

– Pédagogie avec Pestalozzi ou Jean-Jacques Rousseau.

– Nombreux ouvrages de littérature.

– Sciences et techniques avec des œuvres de Buffon, d’Euler, de Réaumur ou de Nollet qui prouvent l’ouverture des membres de la S.L.C. à ce nouveau thème popularisé par les encyclopédistes.

Le XVIIIe siècle va renouer avec les voyages et les explorations qui avaient débuté au moment de la Renaissance. Une soixantaine d’ouvrages traitent des cinq continents. Ce siècle voit aussi un « retour à l’Antique », avec les découvertes archéologiques (Herculanum et Pompéi, 1738 et 1748). Douze ouvrages sont consacrés à l’Italie ou à la Sicile, à Herculanum, au Vésuve et de l’Etna en particulier.

Un prochain article traitera des ouvrages relatifs aux voyages et aux découvertes.

Jacques Schneider, chargé de mission du Consistoire auprès de la bibliothèque des Dominicains de Colmar