Réflexions

Rencontre avec Sylvie MICHEL, diacre de la paroisse protestante de Colmar

20190925_123515-1

l’Eglise, un terrain d’insertion

Bio express : Née à Paris en 1957, Sylvie Michel est entrée dans l’Église protestante en 1992. Elle est arrivée sur Colmar en 2001. Enseignante spécialisée de formation initiale, elle est mère de quatre fils qu’elle a élevés pendant quinze ans, tout restant profondément ancrée dans ses engagements ecclésiaux et sociétaux avec pour fil rouge, l’étude et l’écriture. Un parcours éclectique, puis son investissement comme prédicatrice laïque et dans l’action paroissiale d’accompagnement à la scolarité sur le quartier Europe depuis septembre 2017, l’ont conduite à préparer à la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg le Diplôme Universitaire de Théologie et Diaconie, qu’elle a obtenu en juin dernier.

  • Décrivez-nous l’action qui a commencé il y a 2 ans dans le quartier Europe.

SM : Cette action est menée sous l’égide de l’association Campus. Depuis deux ans, 17 enfants scolarisés du CP au CM2 et qui, pour la plupart, parlent chez eux une autre langue que le français, sont accompagnés dans les locaux de l’église St Jean deux fois par semaine par une dizaine de bénévoles qui déploient des trésors d’énergie. Nous soutenons ces enfants scolairement, puis nous travaillons la confiance en soi, l’écoute mutuelle, l’ouverture culturelle, l’esprit d’entraide. Les jeux éducatifs et collectifs tiennent une bonne place. Nous cultivons les liens avec les parents et les écoles, et dialoguons avec les autres acteurs et les pouvoirs publics. A la rentrée 2019, nous élargirons notre action aux collégiens.

Cette année, un nouvel axe s’adresse aux parents : afin qu’ils prennent de l’assurance pour communiquer avec les enseignants et aider leurs enfants, nous avons ouvert à destination des mamans en avril dernier un atelier de français.

Pour tout cela l’équipe en place, composée de paroissiens mais aussi de bénévoles venant d’autres horizons, a besoin de l’appui de nouvelles forces ! (1).

  • Est-ce le rôle d’une Eglise d’organiser de l’accompagnement scolaire ?

SM : Dans la vie d’Église, il y a le culte qui rassemble et nourrit la communauté chaque dimanche. Puis, il y a l’Église qui, depuis toujours, cherche à répondre à des besoins, à tendre la main. Les liens que nous tissons sont source de vie et signes de fraternité.

Pourquoi une action diaconale ? Parce que l’Evangile de Jésus-Christ appelle à agir, humblement, autour de nous. Chaque petite pierre est importante. Jésus, en son temps, a posé des gestes de réconfort auprès de personnes en détresse. Cet engagement n’est pas toujours «rose» : étymologiquement le mot «diaconie» signifie à travers la poussière, la cendre. Il s’agit d’un travail au long cours qui, pour nous, n’est pas sans souci ni fatigue, mais qui nous procure réellement, dans notre vécu intérieur, «jubilation et paix» (Esaïe 55, 10-12).

  • Comment voyez-vous le quartier Europe ?

SM : Depuis deux ans, nous y avons rencontré des femmes et des hommes qui se battent quotidiennement pour améliorer leur sort, soutenir leurs enfants, les aider à réussir ; ils sont authentiquement en quête d’insertion. Certains sont engagés dans leur communauté musulmane. Les liens tissés sont basés sur le respect et la reconnaissance qui seuls permettent de travailler ensemble d’une façon constructive.

Propos recueillis par Michel Paccalin