Réflexions

Centrafrique : guérir du traumatisme

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Retour sur la conférence du 19 mars 2018

Dans ce pays où les ravages de la guerre civile sont encore très présents, où l’autorité de l’État peine à se reconstruire, les Églises jouent un rôle fondamental d’accompagnement de la population. C’est le cas de l’Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine, dont nous avons rencontré deux représentants le lundi 19 mars sur notre paroisse de Colmar. Le président de l’EELRCA a présenté les actions et les défis de cette Église, ainsi que ses besoins de soutien.

Officiellement, la République centrafricaine a tourné la page de la guerre civile. Mais c’est un pays qui reste profondément meurtri. Sur le plan politique, la reconstruction est en marche : le 23 juillet 2014 a marqué la signature d’un accord de cessation des hostilités à Brazzaville ; une nouvelle Constitution a été approuvée fin décembre 2015 par référendum ; un nouveau président a été démocratiquement élu, l’ancien Premier ministre Faustin-Archange Touadéra. Mais les violences perdurent et des régions entières sont encore sous le contrôle de milices qui font régner la terreur ou monnayent leur «protection». Environ 2,3 millions de Centrafricains, soit la moitié de la population, survivent grâce à l’aide humanitaire. Plus des trois-quarts des habitants du pays sont toujours en situation d’extrême pauvreté. Sur le million de Centrafricains qui ont fui les violences à partir de mars 2013, on dénombre encore aujourd’hui 384.000 personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et plus de 467.000 réfugiés au Cameroun, au Tchad, en République démocratique du Congo et en République du Congo. Un peu plus de la moitié des structures sanitaires du pays sont en état de fonctionner, un quart disposent d’une source d’énergie et 2% d’accès à l’eau potable.

Une des tâches les plus difficiles auxquelles sont confrontées les Églises en RCA est de désamorcer les tensions communautaires. «Aujourd’hui, a souligné Samuel Ndanga Toue, toutes les Églises travaillent ensemble pour la paix. Et il existe pour cela une plateforme commune regroupant catholiques, protestants et musulmans». Si un affrontement interconfessionnel généralisé a été évité durant les années 2013-2014, c’est déjà en grande partie grâce à des responsables religieux qui ont refusé de voir la religion instrumentalisée. Mais le risque est toujours très présent. «Le souci majeur c’est de faire comprendre aux Centrafricains et Centrafricaines qu’ils doivent s’accepter, se pardonner en vue de la réconciliation. Ils doivent comprendre que les seigneurs de guerre ont instrumentalisé la religion pour parvenir à leur fin ; et en le faisant ils ont bel et bien réussi à faire voler en éclats la coexistence pacifique qui régnait au pays.»